Echanges de graines et création d’une bourse de semences libres

Les prises de contacts de l’année 2017 ont porté leurs fruits, ou plutôt leurs graines…

Lors de l’année précédente (2017) l’association Tilleli a rencontré un nombre important de paysans, d’acteurs locaux et d’associations œuvrant dans le développement agricole au Maroc, le plus souvent en bio ou en permaculture.

La sauvegarde des semences paysannes existent déjà partiellement dans les modes de cultures traditionnels et il nous est déjà arrivé d’échanger individuellement quelques semences de nos jardins respectifs.

Mais en discutant avec les cultivateurs locaux, nous avons mise à jour une curiosité certaine pour la nouveauté ou la réutilisation de céréales et légumes disparus aujourd’hui dans leurs systèmes de production.

Qui plus est, la forte pression des semenciers locaux et internationaux à fait disparaître les variétés locales, ou de populations, des étals des souks ou des boutiques spécialisées. Ainsi on ne trouve quasiment plus que des hybrides F1 à semer dont le prix tant à devenir prohibitif.

Et on assiste à présent inexorablement à une réduction drastique de la biodiversité cultivée et une réduction de la qualité alimentaire de la production.

Et c’est aussi sans compter les dégâts environnementaux à venir liés à l’utilisation de ces mêmes hybrides qui nécessitent, comme en Europe, un mode de production et de culture exigeant de plus en plus d’intrants chimiques, d’irrigation et de mécanisation, car non adaptés aux conditions pédoclimatiques si spécifiques à cette région (sécheresse, forte chaleur, manque d’humus…).

C’est pourquoi l’idée à germer de rendre ces échanges informels de semences plus visibles en initiant un réseau de paysans sélectionneurs conservateurs et de leurs proposer à l’essai certaines espèces et variétés perdues ou nouvellement valorisables, tels que le sorgho, le sarrasin pour les céréales à réintroduire, et des légumes et plantes fourragères diverses pour tester des nouvelles variétés libre de droits.

Après avoir fait un inventaire des plantes que les paysans souhaiteraient cultiver, nous avons pris contact avec diverses associations amies spécialisées dans la sélection et la sauvegarde des semences et des fruits afin d’obtenir le matériel végétal nécessaire.

Et un trésor de semences nous a été fourni pour mettre en place cette action 🙂

Nous remercions donc Kokopelli qui par son programme « semences sans frontière » nous a fourni la plus grosse partie du stock, mais tout aussi chaleureusement Le potager d’un curieux, le syndicat Touselle, l’association les Dimanches Verts, l’association Le Filon Vert et Fruits Oubliés en Cévennes pour leurs contributions…

Et nous remercions tout autant les paysans de la vallée du Draâ de Ouarzazate à M’hamid El Ghizlane (la ferme de Madani), en passant bien sur par Tamnougalt, qui jouent le jeux de l’échange et de la conservation de semences avec entrain.

Les premiers stocks de trésors locaux ont commencé à se créer, parmi lesquels on pourra citer des espèces comme le maïs (une variété à grain unicolore orange vif), petits pois, navets, melon-pastèque de 12 kg, courgettes géantes, curry, luzerne de forte production fidèlement conservés d’année en année par un savoir faire local ; et encore d’autres plantes dont nous n’avons encore que le nom Berbère, mais que l’on va bientôt arriver à identifier. Bref une bourse d’échange qui ne fait que commencer et qui est destinée à un bel avenir, puisque nous avons déjà identifier d’autres partenaires hors vallée du Draâ qui pratique ce genre de sauvegarde…

Echange de semences

Du coup, de janvier à mars 2018, les semences et plants/greffons seront distribuées à un petit groupe de paysans et d’associations locales qui en échange, s’engagent à  :

  • apporter leurs propres échantillons de semences afin d’augmenter le choix variétal local.
  • gérer la production de semences pour l’année suivante afin de maintenir une conservation in situ et ainsi protéger la collection.

Ensuite de quoi, les cultures seront étudiées et évaluées en fonction des conditions pédoclimatiques et des modes de cultures de chacun.

Et nous pourrons aussi proposer lors d’évènements locaux de mettre en place une bourse d’échanges de semences  annuelle.

Bref un beau petit travail coopératif comme on les aime 🙂

Parmi les associations marocaines rencontrées on citera particulièrement le CIPA de Terre et Humanisme Maroc, avec qui nous souhaitons établir un programme de formation pour des porteurs de projets agrobio de la vallée du Draâ, la ferme de Madani, qui développe un centre de permaculture aux portes du Sahara, l’association Plantes et nomades, qui organise des stages de plantes médicinales au Maroc dans la vallée des roses et qui gère un atelier artisanal de produits issus de la distillation en bio… 

Et bien sûr, nous n’oublions pas toutes les rencontres à titre individuel d’acteurs de terrains tous aussi passionnant les uns que les autres…